Le PRL (preferred retinal locus), ou locus rétinien préférentiel, est une notion centrale en réhabilitation basse vision et dans le PRL preferred retinal locus entraînement. Lorsque la fovéa est détruite ou altérée par une maculopathie, l’œil développe spontanément une zone rétinienne de substitution pour maintenir une vision fonctionnelle.
Comprendre comment ce mécanisme se met en place, et surtout comment l’entraîner, constitue aujourd’hui un enjeu clinique majeur pour les orthoptistes qui accompagnent des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge ou d’autres pertes de vision centrale. Cet article présente les bases du PRL preferred retinal locus entraînement, les techniques d’identification et de rééducation disponibles, ainsi que les bénéfices documentés par la littérature scientifique.
PRL preferred retinal locus entraînement | Guide clinique
Temps de lecture : ~10 min
- Résumé en bref
- Qu’est-ce que le PRL et comment se forme-t-il ?
- PRL naturel et TRL : quelle différence ?
- Comment entraîner le PRL preferred retinal locus : les principales techniques
- Le rôle du biofeedback par microperimétrie
- Bénéfices cliniques documentés de l’entraînement du PRL
- Combien de séances faut-il pour consolider un TRL ?
- Le logiciel de rééducation visuelle comme outil complémentaire
- Aller plus loin avec l’entraînement du PRL
- FAQ
Résumé en bref
Points clés sur le PRL preferred retinal locus
- Le PRL est une zone rétinienne périphérique qui se substitue à la fovéa lorsque la vision centrale est perdue, notamment dans la DMLA.
- L’entraînement du PRL repose sur des techniques d’eccentric viewing, de biofeedback par microperimétrie et de perceptual learning.
- Le TRL (trained retinal locus) désigne la zone rétinienne délibérément choisie et entraînée pour optimiser les performances visuelles résiduelles.
- La microperimétrie avec biofeedback audio-visuel, notamment via les dispositifs MP-1 et MAIA, est la méthode de référence pour guider cet entraînement.
- Les bénéfices cliniques documentés incluent une meilleure stabilité de fixation, une acuité de lecture améliorée et une réduction du critical print size.
- Un logiciel de rééducation visuelle peut compléter ou prolonger cet entraînement en cabinet comme en télésoin.
Qu’est-ce que le PRL et comment se forme-t-il ?
Le PRL, ou locus rétinien préférentiel, est défini dans la littérature comme une ou plusieurs régions circonscrites de rétine fonctionnelle, alignées de manière répétée avec une cible visuelle pour une tâche donnée. Cette zone sert à la fois de référence oculomotrice et d’ancrage attentionnel. En d’autres termes, c’est la région que le système visuel choisit pour compenser l’absence de fovéa opérationnelle.
Chez un patient atteint de DMLA ou d’une autre maculopathie, la fovéa est progressivement envahie par un scotome central. Le cerveau et le système oculomoteur s’adaptent en sélectionnant une zone périphérique, généralement située au bord de la lésion, pour assurer les fonctions visuelles essentielles comme la fixation et la lecture. Ce PRL naturel apparaît souvent dans une zone dont la sensibilité rétinienne n’est pas optimale, car il se forme là où le tissu sain reste accessible, sans nécessairement correspondre à la meilleure résolution possible.
Cette formation spontanée explique pourquoi un entraînement structuré est nécessaire : le PRL naturel n’est pas toujours le plus efficace pour les tâches visuelles quotidiennes. L’enjeu de la réhabilitation est précisément de guider le patient vers une zone rétinienne mieux adaptée, plus stable et offrant de meilleures performances.
PRL naturel et TRL : quelle différence ?
La distinction entre PRL naturel et TRL (trained retinal locus) est fondamentale pour comprendre les objectifs de la rééducation visuelle basse vision.
Le PRL naturel se forme de manière spontanée, sans intervention thérapeutique. Il correspond à la zone que le patient utilise instinctivement pour fixer, souvent au bord immédiat du scotome. Sa position n’est pas toujours optimale : la sensibilité rétinienne peut y être réduite, la stabilité de fixation insuffisante, et la zone peut se situer dans une direction peu favorable pour la lecture ou les activités de la vie quotidienne.
Le TRL, en revanche, est une zone choisie délibérément par l’orthoptiste en fonction de critères cliniques précis : sensibilité rétinienne mesurée par microperimétrie, distance à la fovéa, localisation par rapport au scotome, et compatibilité avec les tâches visuelles prioritaires du patient. L’objectif de l’entraînement est de transformer ce TRL en une véritable pseudofovéa, capable de prendre en charge les fonctions visuelles fines avec une efficacité proche de celle de la fovéa originelle.
La cartographie rétinienne préalable est donc indispensable pour identifier la zone candidate au statut de TRL et planifier un protocole d’entraînement adapté.
Comment entraîner le PRL preferred retinal locus : les principales techniques
L’entraînement du PRL preferred retinal locus repose sur deux grandes familles de techniques, souvent combinées en pratique clinique.

Eccentric viewing et perceptual learning
L’eccentric viewing training est la première approche. Elle consiste à apprendre au patient à déplacer volontairement son regard de façon à aligner la zone rétinienne choisie sur la cible visuelle, plutôt que de tenter de regarder directement avec une fovéa non fonctionnelle. En pratique, l’orthoptiste demande au patient de regarder légèrement autour du scotome, dans différentes directions, et d’identifier la position qui offre la meilleure image. Une fois cette direction repérée, le patient s’entraîne à maintenir cette fixation excentrique sur des cibles placées à 40 centimètres et à un mètre, avec des séances quotidiennes d’environ 15 minutes selon les protocoles décrits dans la littérature.
Le perceptual learning constitue la deuxième approche. Il s’agit de séries d’exercices visuels réalisés au niveau du PRL ou du TRL, conçus pour améliorer la sensibilité rétinienne, l’acuité visuelle résiduelle et la vitesse de traitement de l’information. Ces exercices incluent des tâches de détection de cibles à faible contraste, des paradigmes de détection de Gabor avec masquage latéral, ou encore des exercices de lecture graduée. Des travaux académiques francophones, notamment une thèse soutenue en France et référencée sur HAL, ont montré que ces paradigmes produisent des améliorations durables de la vision résiduelle au niveau du PRL, avec un transfert vers l’acuité visuelle et les tâches de lecture.
Ces deux approches sont complémentaires : l’entraînement oculomoteur stabilise la fixation excentrique, tandis que le perceptual learning améliore la qualité du traitement visuel au niveau de la zone entraînée.
Le rôle du biofeedback par microperimétrie
La microperimétrie est aujourd’hui la méthode de référence pour la rééducation des patients présentant une perte de vision centrale. Les dispositifs MP-1 de Nidek Instruments et MAIA de CenterVue intègrent des modules de biofeedback audio-visuel spécifiquement conçus pour l’entraînement du PRL.

Le principe du biofeedback est le suivant : pendant la session, le patient effectue des mouvements oculaires pour aligner le locus sélectionné, qu’il s’agisse du PRL existant ou du TRL visé, sur une cible présentée sur l’écran du microperimètre. Des signaux sonores modulés, dont la fréquence des bips augmente à mesure que la fixation se rapproche de la cible, guident le patient vers une fixation stable sur la zone entraînée. Ce retour en temps réel permet au patient de prendre conscience de sa fixation et d’apprendre à la contrôler.
Le dispositif MAIA distingue par ailleurs un PRLi (PRL initial, mesuré en début de séance) et un PRLf (PRL final, mesuré en fin de séance), ce qui permet de quantifier la progression de la fixation au fil des sessions. Cette mesure objective est précieuse pour documenter l’évolution clinique du patient et ajuster le protocole d’entraînement.
Bon à savoir
La microperimétrie ne se limite pas à l’entraînement du PRL : elle permet également de cartographier la sensibilité rétinienne sur l’ensemble du champ visuel central, ce qui aide l’orthoptiste à identifier la zone candidate au statut de TRL avant même de commencer la rééducation.
Bénéfices cliniques documentés de l’entraînement du PRL
Les études publiées dans des revues comme Investigative Ophthalmology and Visual Science (IOVS) et dans des bases de données comme PubMed et Europe PMC documentent de manière convergente les bénéfices de la relocalisation et de l’entraînement du PRL chez les patients atteints de DMLA ou d’autres maculopathies.
Le tableau suivant synthétise les principaux indicateurs de progression observés dans la littérature scientifique.
| Indicateur clinique | Définition | Bénéfice documenté après entraînement PRL |
|---|---|---|
| Stabilité de fixation | Capacité à maintenir le regard sur une cible sans dérive | Amélioration significative après entraînement par biofeedback |
| Acuité visuelle résiduelle | Niveau de détail perceptible au niveau du PRL | Amélioration modérée, variable selon les patients |
| Critical print size | Taille minimale de texte lisible au PRL | Réduction, permettant la lecture de textes plus petits |
| Vitesse de lecture | Nombre de mots lus par minute au niveau du PRL | Augmentation documentée après perceptual learning et eccentric viewing |
| PRLi vers PRLf | Déplacement du PRL entre début et fin de session | Indicateur de consolidation progressive du nouveau locus |
Ces résultats soulignent l’importance d’un entraînement structuré et répété. La consolidation d’un nouveau locus rétinien ne se produit pas en quelques séances : les protocoles décrits dans la littérature s’étendent généralement sur plusieurs semaines, avec des sessions répétées dont la durée et la fréquence sont adaptées au profil du patient et à l’avancement de sa pathologie.
Combien de séances faut-il pour consolider un TRL ?
Il n’existe pas de réponse universelle à cette question, car la durée de l’entraînement dépend de nombreux facteurs : stade de la maculopathie, sensibilité rétinienne de la zone choisie, motivation du patient, et fréquence des séances. Les protocoles publiés dans la littérature font état de programmes s’étendant de quelques semaines à plusieurs mois, avec des sessions de 15 à 30 minutes réalisées plusieurs fois par semaine.
L’important est de mesurer régulièrement la stabilité de fixation et les performances de lecture pour ajuster l’intensité et la difficulté des exercices au fil du temps. Le passage du PRLi au PRLf lors de chaque séance de microperimétrie constitue un indicateur objectif de la consolidation progressive du nouveau locus. Pour aller plus loin sur ces protocoles, la FAQ dédiée aux orthoptistes apporte des réponses complémentaires.
À retenir
La consolidation d’un TRL est un processus progressif qui nécessite un suivi régulier. L’orthoptiste joue un rôle central dans l’ajustement du protocole et dans la motivation du patient tout au long de la rééducation.
Le logiciel de rééducation visuelle comme outil complémentaire
Si les dispositifs de microperimétrie restent la référence pour l’identification et l’entraînement initial du PRL, les logiciels de rééducation visuelle offrent des perspectives complémentaires intéressantes pour prolonger et intensifier cet entraînement, notamment entre les séances en cabinet ou dans le cadre du télésoin.

Un logiciel dédié à la rééducation basse vision peut proposer des exercices de fixation excentrique, des tâches de perceptual learning adaptées au niveau du patient, et des exercices de lecture graduée conçus pour solliciter le PRL ou le TRL de manière répétée. L’intégration d’un suivi des performances permet à l’orthoptiste de monitorer la progression à distance et d’ajuster les paramètres des séances.
Chez Veez Training, nous développons une approche multimodale de la dynamique visuelle qui s’inscrit dans cette logique de progression structurée. Les exercices proposés sur la plateforme, accessibles depuis le tableau de bord dédié aux orthoptistes, permettent de travailler la motricité oculaire, la poursuite et la fixation dans des conditions contrôlées, avec une progression adaptée au profil de chaque patient. Pour en savoir plus sur les fonctionnalités disponibles, vous pouvez consulter la page dédiée aux fonds animés en rééducation ou la section sur l’entraînement aux anti-saccades, qui illustrent la diversité des exercices proposés.
La complémentarité entre les dispositifs de microperimétrie en cabinet et un logiciel de rééducation visuelle utilisé en séance ou à domicile représente aujourd’hui l’une des pistes les plus prometteuses pour intensifier l’entraînement du PRL et améliorer les résultats cliniques chez les patients atteints de DMLA ou d’autres pertes de vision centrale.
Aller plus loin avec l’entraînement du PRL
L’entraînement du PRL est une composante essentielle de la réhabilitation visuelle chez les patients présentant une perte de vision centrale. La compréhension des mécanismes de formation du locus rétinien préférentiel, la distinction entre PRL naturel et TRL, et la maîtrise des techniques d’eccentric viewing, de biofeedback par microperimétrie et de perceptual learning constituent des compétences clés pour l’orthoptiste spécialisé en basse vision.
Les bénéfices cliniques documentés, notamment sur la stabilité de fixation, la vitesse de lecture et le critical print size, justifient pleinement l’investissement dans des protocoles structurés et des outils adaptés. Les logiciels de rééducation visuelle, comme ceux proposés par Veez Training, offrent des perspectives complémentaires pour prolonger cet entraînement et accompagner le patient tout au long de sa progression.
FAQ
Quelle est la différence entre un PRL et une pseudofovéa ?
Le terme pseudofovéa est parfois utilisé pour désigner un TRL (trained retinal locus) suffisamment consolidé pour assurer des fonctions visuelles proches de celles de la fovéa originelle. Tous les PRL ne deviennent pas des pseudofovéas : cela dépend du niveau de sensibilité rétinienne de la zone entraînée et de l’intensité de l’entraînement réalisé.
Le PRL peut-il changer de position au cours du temps ?
Oui, le PRL peut évoluer avec la progression de la pathologie ou sous l’effet de l’entraînement. C’est pourquoi une évaluation régulière par microperimétrie est recommandée pour vérifier que la zone entraînée reste fonctionnelle et adapter le protocole si nécessaire.
L’entraînement du PRL est-il indiqué uniquement dans la DMLA ?
Non, l’entraînement du PRL est pertinent pour toutes les pathologies entraînant une perte de vision centrale : dystrophies maculaires héréditaires, maculopathie diabétique, stargardt, ou encore certaines formes d’amblyopie avec atteinte centrale. Le principe reste le même : identifier une zone rétinienne saine et l’entraîner à devenir le substitut fonctionnel de la fovéa.
Peut-on réaliser un entraînement du PRL à domicile ?
Des exercices d’eccentric viewing et certaines tâches de perceptual learning peuvent être réalisés à domicile, à condition qu’ils aient été prescrits et expliqués par un orthoptiste. Des logiciels de rééducation visuelle accessibles en télésoin peuvent faciliter ce suivi à distance, sous supervision professionnelle.
Comment savoir si l’entraînement du PRL est efficace ?
L’efficacité de l’entraînement se mesure par plusieurs indicateurs : l’amélioration de la stabilité de fixation mesurée en microperimétrie, la réduction du critical print size, l’augmentation de la vitesse de lecture, et l’évolution du PRLi vers le PRLf au fil des séances. Un bilan régulier réalisé par l’orthoptiste permet de documenter ces progrès de manière objective.
