La dyslexie est un trouble spécifique du langage écrit, dont l’origine principale est linguistique et phonologique. Pourtant, de nombreux enfants suivis pour des difficultés de lecture présentent aussi des signes visuels objectivables, comme des sauts de lignes, une fixation instable ou des saccades imprécises, ce qui conduit à s’interroger sur la dyslexie, sa composante visuelle et la place de l’orthoptie.
Parler de dyslexie, composante visuelle et orthoptie suppose donc de poser un cadre clair, sans surinterpréter le rôle de la vision ni le minimiser. Cet article fait le point sur ce que l’orthoptiste peut réellement évaluer, rééduquer et compenser, en s’appuyant sur les travaux universitaires francophones disponibles.
Dyslexie, composante visuelle et orthoptie – bilan 2026
Temps de lecture : ~11 min
- Dyslexie, composante visuelle et orthoptie, de quoi parle-t-on exactement
- Troubles visuo-graphiques et troubles visuo-attentionnels, une distinction utile
- Le bilan neurovisuel dyslexie, ce que l’orthoptiste évalue réellement
- Quand orienter vers un orthoptiste pour un enfant dyslexique
- Cadre réglementaire, prescription médicale et cotation AMY
- Rééducation neurovisuelle de la dyslexie, quels axes de travail
- Logiciels d’aide à la lecture, la compensation au quotidien
- Articuler orthoptie et orthophonie dans la prise en charge
- Aller plus loin avec la dyslexie, la composante visuelle et l’orthoptie
- Questions fréquentes sur la dyslexie, la composante visuelle et l’orthoptie
Dyslexie, composante visuelle et orthoptie, de quoi parle-t-on exactement
Clarifier la notion de composante visuelle en dyslexie
Les recommandations professionnelles rappellent une donnée structurante : la dyslexie n’est pas un problème orthoptique ou ophtalmologique, mais un trouble du traitement du langage écrit. Cette précision évite un contresens fréquent, celui qui ferait de la rééducation visuelle un traitement de la dyslexie elle-même.
Un mémoire d’orthophonie francophone souvent cité propose une définition opérationnelle de la composante visuelle : on considère qu’une dyslexie comporte une composante visuelle dès lors que l’on observe des erreurs dites visuelles, non imputables à des troubles perceptifs de bas niveau comme une myopie non corrigée.
Autrement dit, la composante visuelle n’est pas une cause alternative, c’est un facteur associé qui peut aggraver le coût attentionnel de la lecture. Les erreurs visuelles en lecture, les confusions de lettres de formes proches, les difficultés d’orientation spatiale gauche-droite ou les pertes de ligne relèvent d’un traitement visuo-graphique et visuo-spatial fragile.
La perception visuo-spatiale, le balayage visuel et l’attention visuelle sélective conditionnent la façon dont l’élève prélève l’information sur la page, avant même que le décodage phonologique n’intervienne.
Troubles visuo-graphiques et troubles visuo-attentionnels, une distinction utile
Deux grandes familles de troubles visuels associés
La littérature francophone distingue deux familles de troubles associés. Les troubles visuo-graphiques correspondent à un mauvais traitement de l’information visuo-graphique, avec une stratégie de balayage déficitaire, des sauts de mots et de lignes, des erreurs d’orientation spatiale.
Les troubles visuo-attentionnels renvoient à une réduction de l’empan visuo-attentionnel, c’est-à-dire du nombre d’éléments traités simultanément lors d’une fixation, et à une difficulté à sélectionner puis maintenir l’information pertinente sur une portion de texte.
Cette distinction oriente directement la prise en charge : les premiers relevant prioritairement de l’orthoptie, les seconds d’une rééducation de l’attention visuelle souvent partagée avec l’orthophonie et la neuropsychologie.
| Critère | Troubles visuo-graphiques | Troubles visuo-attentionnels |
|---|---|---|
| Manifestations en lecture | Sauts de lignes et de mots, perte du point de fixation, retours à la ligne erratiques | Lecture lente lettre à lettre, difficulté à traiter plusieurs lettres simultanément, crowding marqué |
| Fonction concernée | Oculomotricité, saccades oculaires, fixation oculaire, coordination binoculaire | Empan visuo-attentionnel, attention visuelle sélective, vitesse de traitement |
| Évaluation | Bilan orthoptique sensori-moteur et fonctionnel | Épreuves d’empan visuo-attentionnel de type EVADYS, bilan neuropsychologique |
| Interlocuteur principal | Orthoptiste, sur prescription médicale | Approche pluridisciplinaire, orthophoniste, neuropsychologue, orthoptiste |
Une étude consacrée à l’intérêt du bilan orthoptique neurovisuel chez le sujet dyslexique, déposée sur DUMAS, rapporte que plus de la moitié des personnes dyslexiques évaluées présentaient un empan visuo-attentionnel réduit, ce qui justifie de le mesurer avec un outil dédié plutôt que de l’inférer des plaintes de lecture.
Le bilan neurovisuel dyslexie, ce que l’orthoptiste évalue réellement
Partie sensori-motrice et partie fonctionnelle du bilan
Le bilan neurovisuel orthoptique explore la composante visuelle des difficultés de lecture. Il comporte classiquement une partie sensori-motrice et une partie fonctionnelle.
La première évalue l’oculomotricité, la qualité des saccades oculaires et la stabilité de la fixation, la convergence et les déséquilibres binoculaires. La seconde observe l’exploration visuelle en situation, le balayage d’une page, la stratégie de recherche, le comportement en lecture continue.
Ce bilan orthoptique des troubles de lecture ne remplace ni l’examen ophtalmologique préalable, ni le bilan orthophonique.
Les troubles oculomoteurs et dyslexie sont fréquemment associés sans relation de causalité démontrée : on retrouve des saccades imprécises, une instabilité de la fixation et une coordination binoculaire perfectible. C’est précisément pour cette raison que la lecture des résultats doit rester prudente.
Une recommandation orthoptique européenne souligne d’ailleurs que la littérature ne justifie pas un examen orthoptique systématique de tous les enfants dyslexiques, l’examen étant indiqué en cas de plaintes visuelles, de céphalées, de frottements oculaires ou de doute sur les capacités visuelles.
Bon à savoir
L’orthoptiste ne pose pas de diagnostic de dyslexie. Seul un médecin, neuropédiatre ou neurologue notamment, pose ce diagnostic à partir d’un faisceau de bilans pluridisciplinaires, le bilan neurovisuel n’en documentant que le versant visuel.
Quand orienter vers un orthoptiste pour un enfant dyslexique
Situations justifiant une orientation en orthoptie
L’orientation se justifie lorsque des signes visuels concrets accompagnent les difficultés de lecture. Voici les situations qui motivent le plus souvent une prescription médicale d’orthoptie chez un enfant dys.
- Plaintes fonctionnelles : fatigue visuelle rapide en lecture, céphalées de fin de journée, vision trouble intermittente, frottements oculaires répétés.
- Signes observables en classe ou à la maison : sauts de lignes, perte de la ligne, doigt indispensable pour suivre le texte, tête très proche du support, endurance visuelle très limitée.
- Résultats du bilan orthophonique évoquant des erreurs visuelles en lecture non expliquées par le seul traitement phonologique.
Cadre réglementaire, prescription médicale et cotation AMY
En France, l’orthoptiste intervient sur prescription médicale et, après bilan, prend en charge les troubles neuro-ophtalmologiques ou neurovisuels ainsi que les troubles de la communication visuelle.

Le bilan des conséquences neuro-ophtalmologiques des pathologies générales et des déficiences neurovisuelles d’origine fonctionnelle fait l’objet d’une cotation AMY 30.5, soit environ 79,30 euros en métropole selon un mémoire universitaire lyonnais de 2025, pris en charge à hauteur de 60 pour cent par l’Assurance maladie, le reste relevant de la complémentaire santé.
Ce même travail rappelle que le nombre de bilans pris en charge est encadré, avec jusqu’à deux bilans par an. La cotation AMY constitue donc un repère concret pour informer les familles sans promesse commerciale.
Rééducation neurovisuelle de la dyslexie, quels axes de travail
La rééducation neurovisuelle ne vise pas à guérir la dyslexie, elle vise à réduire le coût visuel de la lecture pour libérer des ressources attentionnelles.

Les axes de travail découlent du bilan : précision et calibration des saccades, ancrage et stabilité de la fixation, endurance en vision de près, coordination binoculaire, organisation du balayage visuel et exploration structurée d’une page. S’y ajoutent le travail de l’attention visuelle sélective, la discrimination figure-fond et la vitesse de traitement, utiles lorsque l’empan visuo-attentionnel est réduit.
Les travaux historiques présentés lors de la Journée Francophone d’Orthoptique, notamment une communication de 1991, rapportaient déjà une amélioration des performances de lecture chez des enfants dyslexiques présentant un déséquilibre binoculaire traité en orthoptie, en complément du travail des orthophonistes, pédopsychiatres et enseignants.
Des mémoires plus récents explorent l’apport des environnements immersifs et des supports numériques en rééducation orthoptique chez l’enfant dyslexique. Ces pistes restent à consolider, elles ne dispensent jamais du raisonnement clinique.
C’est dans cette logique que nous concevons Veez Training, un logiciel de rééducation pensé par et pour les orthoptistes, avec des modules de motricité oculaire, de poursuite et de saccades paramétrables. Les exercices de fonds animés, de flux visuel et d’anti-saccades permettent de graduer la charge visuo-attentionnelle, de suivre la progression du patient et de maintenir son engagement, sur écran, écran tactile ou vidéoprojecteur. L’outil reste un support d’exercice, la décision clinique et l’ajustement des paramètres demeurent entre les mains du praticien.
Logiciels d’aide à la lecture, la compensation au quotidien
La rééducation ne couvre pas tous les besoins. Pour la classe et les devoirs, les logiciels d’aide à la lecture agissent en compensation. Des solutions francophones comme Dys-Vocal ou Lexibar proposent une synthèse vocale, une personnalisation typographique, un surlignage en lecture, une adaptation de l’interlignage et des couleurs, ainsi qu’une fenêtre de lecture guidant le regard.
Ces réglages répondent directement aux troubles visuo-graphiques, en réduisant la densité de texte et en facilitant le retour à la ligne, et aux profils à empan visuo-attentionnel réduit, en limitant l’encombrement perceptif autour du mot fixé.
Le choix des paramètres gagne à être raisonné à partir du bilan. Les travaux de Frédéric Maillet sur la taille optimale des caractères chez l’enfant dyslexique rappellent que la lisibilité dépend d’un ajustement individuel, et non de l’application aveugle d’une police adaptée dyslexie. Taille de caractères, espacement, interlignage et contraste se règlent donc au cas par cas, avec un test fonctionnel en lecture réelle.
À retenir
Un logiciel d’aide à la lecture compense, un programme de rééducation entraîne, et aucun des deux ne se substitue au suivi orthophonique ni au raisonnement de l’orthoptiste.
Articuler orthoptie et orthophonie dans la prise en charge
La prise en charge orthoptique de la dyslexie s’inscrit dans une approche pluridisciplinaire. L’orthophoniste traite le trouble spécifique du langage écrit, le traitement phonologique, la conversion graphème phonème et la compréhension. L’orthoptiste documente et rééduque la composante visuelle, quand elle existe. Le médecin coordonne et pose le diagnostic. L’enseignant et les aménagements pédagogiques complètent l’ensemble.

Un mémoire consacré à la place de l’orthoptie dans la prise en charge de la dyslexie conclut que, compte tenu du rôle de l’oculomotricité et de la perception visuelle dans les apprentissages, une prise en charge orthoptique se justifie chez les enfants dyslexiques présentant des troubles visuels avérés.
Le télésoin élargit aujourd’hui les possibilités de suivi entre deux séances, à condition de respecter le cadre réglementaire et de conserver des séances en présentiel pour l’évaluation. Ce mode hybride facilite la régularité de l’entraînement, qui reste un déterminant majeur des progrès observés.
Aller plus loin avec la dyslexie, la composante visuelle et l’orthoptie
Aborder la dyslexie sous l’angle de la composante visuelle demande de la rigueur, ni négation ni surinterprétation. Le bilan neurovisuel documente des faits mesurables, saccades, fixation, coordination binoculaire, empan visuo-attentionnel, et débouche sur une rééducation ciblée lorsque les troubles sont objectivés.
Les outils numériques, qu’ils servent à l’entraînement en cabinet ou à la compensation en classe, prolongent ce travail sans jamais s’y substituer. C’est cette articulation, clinique d’abord, technologie ensuite, qui produit des résultats durables pour l’enfant.
FAQ – Questions fréquentes sur la dyslexie, la composante visuelle et l’orthoptie
Un enfant dyslexique doit-il systématiquement consulter un orthoptiste
Non. Les recommandations professionnelles n’appuient pas un examen orthoptique systématique chez tous les enfants dyslexiques. La consultation se justifie en présence de plaintes visuelles, de fatigue en lecture, de céphalées ou de signes fonctionnels repérés par la famille, l’enseignant ou l’orthophoniste.
Combien de séances de rééducation neurovisuelle faut-il prévoir
Il n’existe pas de nombre standard. Le volume dépend des résultats du bilan, de l’âge, de la charge scolaire et de la régularité de l’entraînement. Le plan de soins est défini par l’orthoptiste et réévalué au cours du suivi, dans le cadre de la prescription médicale.
L’orthoptie peut-elle améliorer les résultats scolaires
Elle peut réduire l’inconfort visuel et améliorer l’efficience du balayage en lecture, ce qui allège la charge cognitive. Les progrès scolaires dépendent toutefois de l’ensemble du dispositif, orthophonie, pédagogie adaptée et aménagements, et ne peuvent être attribués à la seule rééducation visuelle.
Quelle différence entre bilan orthoptique classique et bilan neurovisuel
Le bilan orthoptique classique cible principalement la vision binoculaire et les déséquilibres oculomoteurs. Le bilan neurovisuel élargit l’exploration aux fonctions visuo-attentionnelles et à l’exploration visuelle fonctionnelle, avec une cotation spécifique.
Les adaptations typographiques doivent-elles être les mêmes pour tous les enfants dys
Non. Les travaux sur la taille optimale des caractères montrent que le réglage est individuel. Il est préférable de tester plusieurs combinaisons de taille, d’espacement et d’interlignage en lecture réelle, puis de retenir celle qui améliore la vitesse et le confort.
