Un enfant qui saute des lignes, perd le fil en copiant au tableau ou se plaint de maux de tête après vingt minutes de lecture n’a pas forcément un défaut d’acuité visuelle. Derrière ces plaintes scolaires se cachent parfois des difficultés d’exploration visuelle, de saccades ou de repérage spatial qui pèsent sur les apprentissages et peuvent justifier un bilan orthoptique chez l’enfant en cas de troubles des apprentissages.
La question des troubles des apprentissages et du bilan orthoptique chez l’enfant revient donc régulièrement, du côté des familles comme des enseignants. Cet article précise les indications de ce bilan, ce que l’orthoptiste évalue réellement, son articulation avec le parcours de soins recommandé en France et les limites de la prise en charge.
Troubles des apprentissages, bilan orthoptique de l’enfant
Temps de lecture : ~8 min
- Troubles des apprentissages et bilan orthoptique chez l’enfant, de quoi parle-t-on
- Quand faire un bilan orthoptique chez un enfant en difficulté scolaire
- Bilan ophtalmologique et bilan orthoptique, deux examens complémentaires
- Ce que recherche l’orthoptiste dans un bilan pour troubles des apprentissages
- Dyslexie, dyspraxie visuospatiale, ce que la littérature met en évidence
- La place du bilan dans le parcours de soins et la rééducation
- Outiller le bilan et la rééducation, ce que nous apportons chez Veez Training
- Les limites à connaître
- Aller plus loin avec le bilan orthoptique de l’enfant
- FAQ
Troubles des apprentissages et bilan orthoptique chez l’enfant, de quoi parle-t-on
Repères sur les troubles des apprentississages et la vision
Les troubles spécifiques des apprentissages, dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie ou troubles visuo-spatiaux, sont décrits par l’Inserm comme des troubles neurodéveloppementaux durables, qui affectent les acquisitions scolaires malgré une scolarisation ordinaire et une efficience intellectuelle préservée. Ils ne s’expliquent donc pas par un simple défaut de vision, mais la fonction visuelle intervient à plusieurs niveaux dans la lecture, l’écriture, la géométrie ou la copie.
Le bilan orthoptique chez l’enfant est un examen paramédical centré sur la fonction visuelle, dans ses dimensions sensorielle, oculomotrice et fonctionnelle. Selon la fiche consacrée à l’orthoptie par la ressource Tous à l’école, il vise à repérer des troubles neurovisuels susceptibles de perturber la lecture, l’écriture, la coordination et le repérage dans l’espace, puis à orienter une rééducation et un parcours de soins pluridisciplinaire. On parle aussi de bilan neurovisuel de l’enfant lorsque l’accent est mis sur les aspects fonctionnels et visuo-attentionnels.
Quand faire un bilan orthoptique chez un enfant en difficulté scolaire
La prescription d’un bilan orthoptique chez l’enfant se justifie lorsque des signes d’appel visuels accompagnent les difficultés scolaires. Le centre référent des troubles des apprentissages décrit des indications assez précises, notamment la dysgraphie, les troubles de la coordination, l’atteinte des praxies visuoconstructives, les difficultés de perception visuo-spatiale et les troubles du langage écrit associés à une composante visuospatiale. Autrement dit, ce n’est pas la plainte scolaire seule qui motive le bilan, mais son profil.
Signes d’appel visuels à repérer
Certains signes observés en classe ou à la maison doivent attirer l’attention des parents comme des enseignants sur de possibles troubles neurovisuels de l’enfant à l’école :
- Saut de lignes ou de mots en lecture, perte de la ligne, doigt indispensable pour suivre le texte
- Copie au tableau lente, incomplète ou truffée d’erreurs de transcription
- Mauvaise organisation de la page, écriture qui dérive, difficultés d’alignement en calcul posé
- Confusions de repérage spatial droite-gauche, difficultés en géométrie, en puzzles et en reproduction de figures
- Fatigabilité visuelle, clignements, plissement des yeux, rejet rapide des tâches sur feuille ou sur écran
La présence de plusieurs de ces éléments justifie d’en parler au médecin traitant, au pédiatre, au médecin scolaire ou à l’ophtalmologiste. En France, la prise en charge orthoptique se réalise sur prescription médicale, comme le rappellent les travaux universitaires consacrés à l’orthoptie et à la dyspraxie visuospatiale.
Important
Un bilan orthoptique ne pose pas un diagnostic de dyslexie ou de dyspraxie. Il documente la fonction visuelle et ses répercussions fonctionnelles, puis contribue à un raisonnement diagnostique conduit en équipe.
Bilan ophtalmologique et bilan orthoptique, deux examens complémentaires
La confusion est fréquente chez les familles. L’examen ophtalmologique explore la santé oculaire et la réfraction, avec au besoin un examen sous cycloplégie pour objectiver une hypermétropie latente. Le bilan orthoptique, lui, explore la manière dont les deux yeux travaillent ensemble et la façon dont l’enfant utilise son regard pour apprendre. Le centre référent des troubles des apprentissages précise d’ailleurs que le bilan orthoptique dans ce contexte se fait toujours après une consultation ophtalmologique, afin d’écarter d’abord une cause optique ou organique.

| Critère | Examen ophtalmologique | Bilan orthoptique fonctionnel de l’enfant |
|---|---|---|
| Professionnel | Médecin ophtalmologiste | Orthoptiste, sur prescription médicale |
| Objet principal | Réfraction, santé oculaire, fond d’oeil | Oculomotricité, vergences, fonctions visuo-spatiales et visuo-attentionnelles |
| Exemples d’examens | Acuité visuelle, examen sous cycloplégie, biomicroscopie | Poursuite oculaire, saccades oculaires, motricité conjuguée, coordination oeil-main, gnosies visuelles |
| Résultat attendu | Correction optique, diagnostic médical | Compte rendu orthoptique et projet de rééducation orthoptique |
| Place dans le parcours | Préalable indispensable | Étape ciblée, articulée avec les autres rééducations |
Ce que recherche l’orthoptiste dans un bilan pour troubles des apprentissages
Le bilan débute par un interrogatoire structuré, décrit dans les supports pédagogiques diffusés par Tous à l’école : âge, classe, motif de consultation, développement psychomoteur, antécédents ophtalmologiques, difficultés rapportées en lecture, écriture, mathématiques ou graphisme, observations des parents et de l’enseignant. Cette anamnèse orientera le choix des épreuves.
Les trois grands axes du bilan orthoptique
Le bilan est ensuite classiquement organisé en trois axes. Le bilan sensoriel vérifie l’acuité visuelle de loin et de près, le champ visuel, la vision des couleurs et des contrastes ainsi que la vision stéréoscopique. Le bilan oculomoteur recherche un strabisme ou un déséquilibre oculomoteur, évalue la motricité conjuguée, les poursuites, les saccades, la stabilité du regard et le point de fixation, éléments directement mobilisés dans la lecture ligne par ligne. Le bilan fonctionnel, souvent appelé bilan neurovisuel, examine les stratégies d’exploration visuelle, les stratégies visuelles de lecture, le balayage visuel, la coordination oeil-main, les gnosies visuelles et les fonctions visuo-spatiales à travers la copie, la reproduction de figures, les puzzles ou l’organisation de la page.
En pratique, un cabinet spécialisé décrit un bilan neurovisuel d’environ une heure, structuré autour de la vision de loin et de près, des capacités visuo-spatiales et du graphisme appliqué à la lecture et à l’écriture, avec à la clé un compte rendu détaillé et un plan de rééducation. C’est ce document qui circule ensuite entre les professionnels du parcours.
Dyslexie, dyspraxie visuospatiale, ce que la littérature met en évidence
Dans le champ de la dyslexie, les travaux universitaires en orthoptie décrivent une prise en charge associant bilan sensoriel et bilan fonctionnel, avec un projet visant à améliorer les stratégies visuelles de lecture, la stabilité du regard et la précision des saccades. Un bilan orthoptique chez l’enfant dyslexique ne traite pas le trouble du langage écrit, il agit sur les conditions visuelles de la lecture, en complément du travail orthophonique.
Pour la dyspraxie, les mémoires consacrés aux troubles de l’orientation du regard rappellent que l’orthoptiste intervient sur prescription médicale et vise à établir les coordinations oculomotrices et oculo-céphaliques, à tendre vers une automatisation de la motricité oculaire fine et à développer les savoir-faire visuels utiles à l’école. L’orthoptie et la dyspraxie visuospatiale se rencontrent précisément là, sur la lecture, la copie au tableau, l’alignement en calcul, la géométrie et la lecture de schémas. Les troubles oculomoteurs et les apprentissages scolaires entretiennent donc une relation fonctionnelle, sans qu’il soit question d’y voir une cause unique.
La place du bilan dans le parcours de soins et la rééducation
La place du bilan orthoptique dans le parcours de soins
La Haute Autorité de Santé a structuré un parcours de santé en trois niveaux pour les enfants présentant des troubles spécifiques du langage et des apprentissages, avec un repérage initial, des diagnostics spécialisés et des prises en charge rééducatives et pédagogiques coordonnées. Le bilan orthoptique s’inscrit dans les bilans paramédicaux ciblés, prescrits en fonction des signes cliniques observés, aux côtés de l’orthophonie, de l’ergothérapie et de la psychomotricité.

Concernant la suite, le centre référent des troubles des apprentissages propose des repères utiles. En cas de trouble oculomoteur ou sensoriel, une orthoptie de première intention est envisagée à raison d’une séance par semaine, sur une série de 10 à 15 séances, avec réévaluation et association rapide à une autre rééducation si nécessaire. En cas de trouble fonctionnel des stratégies visuelles ou visuo-spatiales, la même logique s’applique, les priorités thérapeutiques étant discutées en équipe pluridisciplinaire, orthophoniste, ergothérapeute, neuropsychologue et orthoptiste travaillant souvent sur des épreuves proches.
À retenir
Le nombre de séances reste toujours une décision clinique individualisée, adossée au compte rendu orthoptique et à la réévaluation, jamais un forfait standard.
Outiller le bilan et la rééducation, ce que nous apportons chez Veez Training
Les protocoles décrits dans ces sources reposent sur des tâches très concrètes, saccades, poursuite, exploration visuelle, discrimination figure-fond, endurance visuelle. C’est exactement le terrain de notre logiciel de rééducation Veez Training, conçu par et pour les orthoptistes. Les modules de motricité, de poursuite et de saccades permettent de calibrer une consigne, de faire varier la vitesse, le contraste, la densité du fond animé ou le flux visuel, et de maintenir l’engagement visuel de l’enfant sur un écran, un écran tactile ou un vidéoprojecteur.

Le suivi de la progression du patient facilite la réévaluation et la rédaction du compte rendu, et le télésoin permet de prolonger le travail entre deux séances. Nos pages dédiées au flux visuel, aux fonds animés et aux anti-saccades détaillent ces exercices, et la FAQ orthoptie répond aux questions d’usage en cabinet.
Les limites à connaître
Un bilan orthoptique ne remplace ni l’examen ophtalmologique préalable, ni le bilan orthophonique, ni une évaluation neuropsychologique. Il ne permet pas d’affirmer à lui seul l’existence d’un trouble neurodéveloppemental, et améliorer l’oculomotricité ne suffit pas à résoudre une dyslexie ou une dyspraxie. Sa valeur tient à sa place dans un ensemble, un examen ciblé, un compte rendu lisible par les autres professionnels et une rééducation réévaluée. Les outils numériques, y compris les nôtres, restent des supports au service du raisonnement clinique de l’orthoptiste et de la décision médicale.
Aller plus loin avec le bilan orthoptique de l’enfant
En résumé, prescrire un bilan orthoptique à un enfant en difficulté scolaire se justifie devant des signes d’appel visuels, après une consultation ophtalmologique, et dans une logique de parcours coordonné conforme aux recommandations de la Haute Autorité de Santé. Le bilan documente la sensorialité, l’oculomotricité et les fonctions visuo-spatiales, puis débouche sur un projet de rééducation borné dans le temps et réévalué.
FAQ
À partir de quel âge un bilan orthoptique est-il réalisable chez l’enfant ?
Certains cabinets spécialisés proposent des bilans orientés apprentissages dès la moyenne section de maternelle, à condition d’adapter les épreuves à l’âge et à l’attention de l’enfant. Le choix du moment se discute avec le médecin prescripteur, en tenant compte du niveau scolaire et de la nature des plaintes.
Combien de temps dure le bilan et faut-il préparer l’enfant ?
Un bilan neurovisuel complet peut demander environ une heure selon les protocoles décrits par les cabinets spécialisés. Il est utile d’apporter la dernière ordonnance de lunettes, les comptes rendus ophtalmologiques et, si possible, des exemples de cahiers ou d’écrits scolaires.
Le bilan orthoptique est-il pris en charge par l’Assurance Maladie ?
Réalisé sur prescription médicale par un orthoptiste, il entre dans le cadre des actes paramédicaux remboursables. Les modalités exactes dépendent de la nomenclature en vigueur et de votre complémentaire, il est préférable de les vérifier auprès du cabinet et de l’Assurance Maladie.
La rééducation orthoptique peut-elle se poursuivre à distance ?
Le télésoin permet de maintenir un travail régulier entre les séances au cabinet, avec des exercices paramétrés par l’orthoptiste. Il complète les séances en présentiel et ne s’y substitue pas, le praticien restant à l’initiative du protocole et de son ajustement.
Faut-il choisir entre orthophonie, ergothérapie et orthoptie ?
Les recommandations françaises privilégient une articulation plutôt qu’un choix exclusif, avec des priorités définies en équipe pour éviter de surcharger l’enfant. Le compte rendu orthoptique sert alors de base de discussion avec les autres rééducateurs et l’école.
